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Ordre national du Québec - Honneur au peuple du Québec

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9 mars 2018Cérémonie de remise de l'insigne de grand officier à Hubert Reeves

Transcription

Philippe Couillard (premier ministre du Québec) : Monsieur Hubert Reeves.

Ce grand honneur aurait dû lui revenir il y a 24 ans, déjà, à Québec, mais à l’époque, M. Reeves était – hélas ou « encore », dirons-nous aujourd’hui – retenu ici même, en France. Mais la « patience dans l’azur » a su faire son œuvre.

Aujourd’hui, dans un bref instant, M. Reeves sera enfin reçu dans l’ordre le plus prestigieux de l’état du Québec, et ce, au même grade que Louise Arbour, Jean Vanier, Henri Grouès et onze anciens chefs d’état.

Monsieur Reeves, vous avez donc été nommé officier de l’Ordre national du Québec en 1994. Depuis, vous avez continué, sans relâche, à faire de la vulgarisation scientifique.

Au tournant du siècle dernier, vous vous êtes inscrit résolument dans le grand mouvement écologiste. Dès lors, vous êtes devenu une référence en la matière.

Après avoir fait connaître au plus grand nombre les origines de l’Univers, vous avez décidé de poser votre regard sur la biosphère.

Vos propos ont alors pris une force nouvelle, se voulant une interrogation pressante, voire un cri du cœur envers le sort incertain des écosystèmes du globe. Vos interventions, surtout celles des dernières années, ont polarisé l’attention générale.

Spécialiste de la créativité, vous renforcez une célèbre affirmation de Voltaire – je le cite : « Plus l’être humain sera éclairé, plus il sera libre. » Et cela, non sans avoir, au préalable, démontré que l’Homme se situait très haut dans l’échelle des êtres organisés de la nature.

Historien de l’Univers, vous cherchez à réconcilier humanité et naturalité, c’est-à-dire à recoudre les liens d'interdépendance qui nous unissent au reste du vivant.

Philosophe de l’action, vous vous appliquez à valoriser le vaisseau Terre, dont nous sommes, toutes et tous, passagers et coresponsables.

Permettez-moi de souligner que ce n’est pas par pur hasard et simple coïncidence que vous soyez président d’honneur de l’Agence française pour la biodiversité, de l’association française Humanité et biodiversité ainsi que l’un des trois membres d’honneur de l’Institut québécois de la biodiversité, puisque votre esprit écocitoyen contribue à incarner l’espoir des générations montantes, et ce, des deux côtés de l’Atlantique. Car vous faites partie de ces rares personnalités planétaires que le monde aime pour leur généreuse disponibilité, leur sincère envie de disperser le savoir ainsi que leur vive passion de protéger la Terre. Dans tous les milieux, on voit en vous un penseur honnête, sérieux et crédible.

Aussi, Hubert Reeves, au nom du peuple québécois, je vous fais grand officier de l’Ordre national du Québec.

(Remise de la médaille et du diplôme, et applaudissements pendant la prise de photos)

Line Beauchamp (déléguée générale du Québec à Paris) : Monsieur Reeves, j’aimerais maintenant vous inviter à vous adresser à l’assistance.

Hubert Reeves (grand officier de l’Ordre national du Québec) : Quand j’étais enfant, j’avais une grand-mère. Et ma grand-mère était une grande raconteuse d’histoires. Elle rassemblait les enfants du village, au Québec, et elle racontait des histoires. Et je sentais que ça avait une telle influence, que je l’enviais. Je me disais « moi, plus tard, je vais faire la même chose. J’aime bien l’idée de voir, quand vous racontez quelque chose, qu’il y a un intérêt qu’on vous écoute. »

Donc, quand j’ai commencé à faire des sciences, eh bien j’ai choisi de faire de l’astrophysique pas seulement pour ça – ça m’intéressait de faire des sciences –, mais aussi parce que je me disais « mais c’est aussi quelque chose à raconter ». Je me disais « c’est un beau sujet ». On peut parler de la tuyauterie, mais ça n’intéresse pas grand-monde. Si on parle des étoiles, évidemment, du coup, ça attire, parce que les étoiles, c’est un domaine à la fois de rêve et aussi de rationalité. C’était idéal pour parler de la science, pour raconter la science, que d’en parler au travers des étoiles.

C’est comme ça que, progressivement, j’ai commencé à faire des cours, des conférences et tout ça. Et puis, avec le temps – ça, c’était dans les années 50, 60 –, à cette période, on ne parlait pas beaucoup d’écologie. En fait, le mot écologie n’était pas connu, et l’environnement… on ne voyait pas le problème. Le problème, il est né progressivement, au cours des années 60, 70, après la guerre, quand ça a commencé à bien aller, quand on a voulu avoir des voitures et tout ça, et on ne s’est pas rendu compte que des voitures, c’était aussi du gaz carbonique. Et toute cette menace sur l’environnement est devenue au centre de nos préoccupations. Et je me suis senti effectivement… je me suis rendu compte que l’avenir de notre humanité était loin d’être vraiment bien… bien commencée, qu’il fallait agiter les populations, qu’il fallait réveiller un sentiment pour la biodiversité.

Et c’est pour ça que j’ai également inscrit, dans mes conférences, l’astronomie et l’écologie. Et quand je demande « quelle différence y a-t-il entre… quel rapport y a-t-il entre l’astronomie et l’écologie »? Je dis « l’astronomie, toutes les sciences, ça nous dit notre histoire; ça nous dit d’où nous venons; ça nous dit comment il se fait que nous sommes ici, aujourd’hui, comment il se fait que nous avons ce gros cerveau qui nous permet de faire des sciences, de comprendre les premiers temps de l’Univers, de comprendre les lois de la physique et tout ça. C’est le passé, c’est notre histoire. La science, c’est les chapitres de notre histoire ancienne. L’écologie, c’est quoi? C’est notre futur. C’est-à-dire, cet état, nous le savons maintenant, est menacé, et il faut faire quelque chose. Il faut non pas se maintenir dans cette idée “nous vivons une vie merveilleuse, le corps humain est une merveille sans nom, la vie est belle” – notre vie est belle, il faut bien le dire, y a pire –, mais il y a aussi cette menace qui pèse sur nous, qui m’a amené à essayer d’associer effectivement l’astronomie, le passé, l’écologie, le futur. »

Et je suis content de dire que j’ai plusieurs de mes enfants qui sont eux-mêmes impliqués dans cette activité. Et je suis content de voir que, par exemple, ce mot, biodiversité, dont on parle, dont, il y a peu de temps, quand on en disait quelque chose, les gens disaient « c’est quoi, ça? »… c’est un mot qui est difficile, parce qu’il est un peu abstrait. Moi, j’aurais aimé mieux qu’on parle de la nature, mais ce n’est pas tout à fait pareil. La biodiversité, c’est spécifique.

C’est pour ça que j’étais content quand on m’a admis comme président d’honneur de cette agence nationale. Et je veux en profiter pour remercier monsieur le premier ministre et tous les gens qui sont ici. Cet honneur venant du Québec, particulièrement, me fait très plaisir.

Donc, merci à chacun de vous.

(Applaudissements)

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